Samedi dernier, une partie des cadenas qui ornaient les ponts de Paris ont été vendus aux enchères. La recette de la vente : 250 000 euros. Une belle somme qui sera reversée à des associations caritatives oeuvrant en faveur des migrants. Mais outre cette belle action, comment font désormais les romantiques pour laisser une trace de leur passage dans la ville des amoureux ? Focus sur le cadenas, un objet devenu symbole de l’amour, et aujourd’hui en voie de disparition.

Un amour trop lourd à porter

«  Au fond du jardin, vous trouverez des cadenas » affirme Manon, une jeune étudiante au regard malicieux. Accoudée au Pont de Sully, la jeune Alsacienne indique du doigt le petit square situé au bout de l’île de la Cité.  En effet, une fois traversé le petit parc du Mémorial, face à la Seine, une petite rambarde est alourdie par des dizaines de preuves d’amour. Certains présents depuis plus de 7 ans ! Des cadenas devenus depuis quelques mois, le cauchemar des autorités parisiennes. Raison pour laquelle la Mairie de Paris a décidé de faire retirer toutes ces encombrantes preuves d’amour des ponts de la capitale. De fait, depuis cette intervention, plus un seul cadenas n’est accroché aux barrières du Pont de l’archevêché. Pourtant auparavant, ce pont situé au pied de Notre-Dame de Paris était l’un des lieux privilégiés des touristes pour accrocher leurs petits loquets. De la rive droite à la rive gauche. Depuis, seuls quelques rubans et de fines inscriptions marquent durablement le passage des amoureux sur les bords de Seine.

Une vision des quais que regrette, Michel, un nostalgique des cadenas d’amour « C’est plutôt triste, les cadenas donnaient du charme aux ponts. C’est quand même la ville des amoureux. Alors c’est bien de garder des symboles comme ceux là». Catégorique le retraité originaire d’Angers regrette cette décision. Pourtant la Mairie n’avait plus le choix, certaines balustrades, en particulier celles du pont des Arts risquaient, sous le poids des preuves d’amour, de se décrocher et de causer un accident. A l’image du lampadaire du Ponte Milvio, à Rome qui s’est écroulé sous le poids des accroches laissées par les touristes de la ville éternelle.

La raison à ses raisons, que l’amour ne connait point

Un argument que n’entend pas Michel pour qui il existe des solutions alternatives «  Je ne comprends pas, les retirer pour la sécurité très bien, je suis favorable. Mais pourquoi ne pas trouver autre chose. Il faut permettre aux gens de laisser une trace de leur passage. En plus, je suis sûr que la Mairie pourrait faire du commerce avec cela, c’est vraiment dommage ».

Un commerce dont profitait d’ailleurs le Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), l’une des institutions de la capitale en matière de bricolage. Situé à proximité de la Seine, le magasin était l’un des principaux fournisseurs de cadenas d’amour. Et de l’aveu de Jérôme, l’un des vendeurs du rayon quincaillerie, les acheteurs de cadenas sont aujourd’hui bien différents «  avant on pouvait croiser quelques touristes au rayon, on se doutait bien qu’il voulait aller les accrocher sur les ponts. Aujourd’hui, on a des clients qui veulent des cadenas pour fermer une valise, ou une chaîne de vélo. Les Italiens ou les Espagnols, on ne les voit plus. Quant aux touristes asiatiques j’en ai rarement croisé, j’en déduis qu’ils devaient venir avec leurs propres cadenas » confie l’homme lunette sur le front et sourire aux lèvres.

Les identitaires ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît! 

Des cadenas qui ont donc été longtemps un fardeau pour les ponts de Paris. Mais ce weekend, ces preuves d’amour ont permis à la Mairie de Paris de récolter 250 000 euros. Une somme reversée à des associations caritatives qui travaillent auprès des migrants. Mais une œuvre caritative n’a pas plu à tout le monde. En particulier aux identitaires, une frange radicale de l’extrême droite.

Aux cris de « L’argent aux Parisiens, pas aux clandestins ! » une dizaine d’individus ont tenté de perturber, samedi, la vente aux enchères. Une manifestation de haine qui désarçonne Agathe, une habitante de longue date du quartier Saint-Paul « comment peut- on s’opposer à une œuvre caritative ? Surtout avec de tels relents de racisme.. Surtout que dans ce cas là, ce sont les touristes qui ont posé ces cadenas. Et sûrement une grande majorité d’étrangers. Ils s’approprient donc une œuvre faite par des étrangers, pour cracher sur les étrangers. C’est paradoxal. De toute manière, je ne suis pas certaine que ces gens là aient vraiment une logique ».

En effet, pour cette avocate à l’allure distinguée qui vit dans une rue mitoyenne des bords de Seine, la démarche de la Mairie de Paris était tout à fait louable «  je trouve que c’est une très bonne idée d’avoir reversé la recette à des associations, après on aurait pu aussi les afficher ou proposer une exposition parceque je suis sûr qu’il y en avait de très beaux. Mais bon l’important c’est qu’une œuvre collective profite au plus grand nombre, surtout quand ils sont dans le besoin, comme les migrants ».