Depuis quelques jours, la lumière est faite sur les mesures anti-LGBT (lesbienne, gay, bi, trans) prises par le gouvernement tchétchène. La Tchétchénie est de plus en plus comparée à un régime autoritaire de terreur. Explications.

Ultra-rigorisme au service de la Russie

La République de Tchétchénie est dirigée par Ramzan Kadyrov depuis 2004 et la mort de son père, assassiné. Il a été mis au pouvoir par Vladimir Poutine et peu après s’est fait connaître à l’international. Il est mis en cause dans la mort de deux journalistes. Elles accusaient la Tchétchénie de ne pas respecter les droits de l’Homme (Anna Politkovskaïa, 2006 et Natalia Estemirova, 2009). Il aurait aussi ordonné l’assassinat d’opposants russes. Il a imposé un Islam radical au plus d’un million d’habitants  de son pays qui permet de commettre des crimes au grand jour sans risque de représailles. De fait, la justice fait partie de la machine politique. 

L’horreur des « crimes d’honneur » 

Depuis que cet Islam radical a vu le jour en Tchétchénie, les « crimes d’honneur » ont connu une forte hausse. Ainsi les femmes qui vont à l’encontre de l’avis de leur famille doivent faire face à des risques importants. Des tueries, comme des mutilations des parties génitales sont des menaces qu’elles doivent affronter tous les jours. Elles doivent aussi faire face au viol incestueux qui n’est jamais déclaré aux autorités. La victime est souvent tuée afin de laver la honte qui plane sur la famille.

Les personnes LGBT subissent des dangers tout aussi atroces. Les risques sont partout pour eux, en commençant par l’État qui ne reconnaît pas leur existence.

« On ne peut pas arrêter les homosexuels en Tchétchénie parce qu’il n’y en a pas  » Alvi Karimov, porte-parole de Ramzan Kadyrov.

L’homosexualité est un tel tabou dans le pays que les « crimes d’honneur » sont également une menace à laquelle les homosexuels doivent faire face. C’est le journal d’investigation russe Novaya Gazeta qui a ouvert la voie aux révélations. Depuis des ONG ont confirmé des éléments dignes d’un régime de terreur.

A l’abri nulle part

Il arrive aux familles de traquer elles-mêmes, voire de tuer les personnes non hétérosexuelles de leur entourage. Mais depuis quelques mois, Ramzan Kadyrov et son gouvernement font une traque à ceux qu’ils appellent les pratiquants d’une sexualité « non-traditionnelle ». Ainsi, plusieurs sources ont révélé que deux camps de concentration avaient ouvert pour torturer les personnes homosexuelles. Les accusations d’activistes des droits de l’Homme se succèdent.

Il se dit qu’au moins une centaine de personnes ont été arrêtées sur de simples suspicions. Au moins trois personnes ont trouvé la mort d’après des sources anonymes du gouvernement et de la police. Les camps de concentration pratiqueraient la torture par chocs électriques et beaucoup de personnes auraient disparu de façon suspecte.

« Les gens craignent pour leur vie. Beaucoup d’entre eux essaient de fuir. Certains vont ailleurs en Russie mais c’est une solution provisoire et peu sûre. Ces personnes ont besoin d’aide pour sortir de Tchétchénie et de Russie le plus vite possible » Boris Dittrich, directeur de la défense des droits des LGBT à Human Rights Watch

La Tchétchénie a tout nié en bloc. Le gouvernement a même dit que c’était un « poisson d’avril », l’information ayant fait surface un premier avril. Plusieurs ONG ont demandé à la Russie d’ouvrir une enquête, la requête n’a pour l’instant pas abouti.