La vague #metoo continue. Cette fois, c’est Uma Turman qui se lâche. Harvey Weinstein est encore ciblé. Mais plus surprenant, elle dénonce l’attitude violente de Quentin Tarantino sur les tournages de ses films. Le perfectionnisme du réalisteur le pousse à être violent physiquement, psychologiquement, allant jusqu’à mettre en danger la vie de ses acteurs.

L’interprète de la légendaire Béatrice Kiddo dans Kill Bill, restée dans le silence depuis 25 ans enfonce encore un peu plus Harvey Weinstein dans une longue interview accordée au New-York Times. Rien de nouveau dans mode opératoire, un rendez-vous donné par Weinstein à la jeune actrice dans une chambre d’hôtel, le producteur en peignoir de bain force alors Uma Thurman à avoir un rapport sexuel. Un nouveau nom sur la longue liste des victimes du magnat de l’audiovisuel. Mais ce qui intrigue plus c’est ses révélations sur les agissements du réalisateur Quentin Tarantino.

Un réalisateur torturé sans limites

Après le scandale des agressions sexuelles, c’est un autre mal qui touche le cinéma hollywoodien. Uma Thurman affirme en avoir encore des séquelles aujourd’hui. Lors du tournage de Kill-Bill en 2001, l’actrice a été victime d’un accident de voiture. Blessée aux deux genoux et atteinte d’une commotion cérébrale, elle a cru « qu’elle ne pourrait jamais remarcher ». Dans son témoignage, elle explique les circonstances scandaleuses du drame. Sur une route en sable tortueuse en forêt, l’actrice doit être lancée à pleine vitesse. Sauf que la voiture n’est pas du tout sécurisée, pas d’air-bag, le siège conducteur est mal vissé. Dès le début, Uma est réticente. Mais Quentin Tarantino refuse catégoriquement que la scène soit tournée par une doublure cascadeuse. La suite, on la connaît. Uma Turman accuse Tarantino d’avoir voulu la tuer et explique avoir eu « L’impression d’être un outil cassé ».

La vidéo a longtemps été gardée sous clé par le réalisateur, qui ne voulait pas transmettre les images à son actrice. Elles ont finalement été rendues publiques par le New York Times.

Et ça ne s’arrête pas là. Dans un souci de réalisme, Tarantino s’emploie à torturer lui-même ses actrices dans certaines scènes de ses films. Ainsi, lorsque Diane Kruger se fait étrangler dans Inglorious Bastereds, ce sont bien les mains du réalisateur qui apparaissent à l’écran. Jessica Chastain, Judd Apatow et Asia Argento  y sont allées de leur tweet pour soutenir Uma Turman et descendre Tarantino.

« Je continue de visualiser Tarantino crachant au visage d’Uma et l’étranglant avec une chaîne pour Kill Bill. Combien d’images de femmes dans les médias célébrons-nous qui montrent un abus ? Quand est-ce que cela est devenu la mode dans l’industrie du ‘’divertissement’’ ? »


« Weinstein et Tarantino, quel duo ! Un violeur en série et un quasi meurtrier »

Le réalisme à tout prix

Ce scandale met à jour une nouvelle facette des deux Kill Bill. A leur sortie en 2003 et 2004 ils étaient loin de faire unanimité. Depuis, ils se sont imposés comme une vrai référence aux yeux des fans de Tarantino. Ces révélations donnent un côté (un peu plus) malsain à l’œuvre de l’artiste tourmenté, qui s’identifie plus que jamais à la douce cruauté de son personnage Bill.

Présenté comme une fable féministe, voyant une femme se libérer physiquement et moralement du joug d’une bande de tueurs. Le blockbuster compose en fait avec les ingrédients de base des films de série B, qui ont forcément besoin d’une scène de viol, de soumission de la femme pour exciter l’intérêt du spectateur : « My name is Buck, and I’m here to fuck ». Le spectateur et la critique, dans le contexte du cinéma de genre, l’ode aux films de série B chérie par Tarantino, tolèrent l’intolérable.

Cela relance encore le débat épineux de l’artiste prêt à souffrir et à faire souffrir pour son art. Stanley Kubrick aurait-il pu tourner Shining (1980) aujourd’hui en tourmentant l’actrice Shelley Duvall pour en obtenir la meilleure performance d’actrice terrorisée après 127 prises de cris face à une hache défonçant sa porte ? Certains réalisateurs dépassent les bornes. Du jusqu’au boutisme pour une réalité saisissante. Tarantino est connu pour ça, mais aujourd’hui la question se pose, ce comportement est-il tolérable ?  Accepte-t-on l’inacceptable au nom de la liberté de l’art ?