Faut-il que la semaine d’école en primaire et en maternelle dure quatre ou quatre jours et demi ? La question agite le débat public depuis des années, au fil des ministres et des réformes. Emmanuel Macron, le président de la République a décidé de laisser le choix aux maires. Et la tendance penche clairement d’un côté. Zoom sur un débat incessant à l’éducation nationale sur les rythmes scolaires.

Les mairies sont en train d’enterrer discrètement la semaine de quatre jours et demi à l’école et, du même coup, les activités périscolaires. Dans de nombreuses communes, des consultations ont eu lieu ou sont en cours. Le libre choix proposé par Jean-Michel Blanquer se transforme en vague de retour aux quatre jours.

La tendance penche vers un retour aux 4 jours

Les élus ont deux choix : Soit continuer d’appliquer la réforme Peillon de 2013, qui prévoit une semaine de quatre jours et demi. Ou alors revenir à la semaine de quatre jours instaurée par la réforme Darcos, en 2008. La décision revient principalement aux maires, mais doit être validée par l’éducation nationale après consultation des conseils d’école.

Selon Agnès Longueville, attachée de presse de l’Education nationale, « 1/3 des communes ont décidé de revenir à la semaine des 4 jours », elle poursuit : « c’est majoritairement les communes rurales qui ont opté pour ce choix car elles avaient du mal à s’organiser avec la semaine de 4 jours et demi, notamment pour des problèmes d’organisations pour les postes d’animateurs à la rentrée 2017 ». Mais l’année prochaine, on peut s’attendre à un raz-de-marée. D’après Agnès Longueville, « A la rentrée prochaine, la tendance est que la majorité des communes reviennent au système de 4 jours d’école par semaine. Par exemple, une ville comme Lille a décidé de revenir à ce système. » Et le mouvement devrait s’amplifier dans les prochaines années.

En effet, au moins 85% des communes seront repassées aux quatre jours d’école, selon une estimation de l’Association des maires de France. Bordeaux, Marseille, Lyon, et même la ville de Lille, l’une des premières à être passée aux nouveaux rythmes scolaires, décident de faire marche arrière.

Dans les communes rurales, les avis sont partagés sur les bienfaits pour les enfants, mais on assiste à un effet domino, selon Vanik Berberian, président de l’association des maires ruraux : « quand vous avez plusieurs communes dont les écoles sont organisées autour de quatre jours c’est très difficile, pour un maire, de maintenir quatre jours et demi, même s’il considère que c’est bénéfique sur un plan pédagogique. C’est important qu’il y ait une cohérence en matière d’organisation scolaire, pour des raisons de déplacement, d’organisation de vie de famille, de vacances etc« . Pour lui, c’est l’argument économique qui l’a emporté, surtout au moment où l’Etat supprime des contrats aidés dans les écoles.

 

Crédit photo: Le Parisien
L’impact des réformes successives sur le rythme scolaire

Le sujet des rythmes scolaires continue de diviser autant parents, enseignants, chercheurs et responsables politiques, car il n’existe pas de véritable consensus sur l’impact des réformes successives. En effet, quatre ans après, il reste impossible de dégager un véritable consensus sur l’efficacité de la réforme de 2013 qui instaurait le retour de la semaine à 4 jours et demi. Pourtant, le retour de la semaine de quatre jours et demi sous le quinquennat Hollande avait été soutenu par des chronobiologistes et l’Académie de médecine, qui regrettait la longueur des journées lors d’une semaine de quatre jours et la « fatigue exprimée par l’enfant ». Un rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale (IGEN) a relevé un ressenti accru de fatigue chez les élèves, en particulier en fin de semaine, ce qui peut s’expliquer par l’instauration d’activités périscolaires en fin de journée.

La DEPP, le service statistique du ministère de l’éducation nationale, a rédigé un dossier de 80 pages à ce sujet. Mais celui-ci ne permet pas de clarifier le message scientifique autant qu’attendu. D’après la DEPP, l’incidence sur les compétences scolaires est estimée comme « largement inférieure aux effets des variables sociales ou culturelles »,  c’est-à-dire le milieu d’origine des élèves. En CM2, de « légères différences » de résultats, touchant plus les élèves défavorisés, semblent disqualifier les organisations de 4 jours par semaine. En CP, les écoliers scolarisés neuf demi-journées, mais avec le samedi matin travaillé plutôt que le mercredi, progresseraient un peu moins vite. Mais ces pistes sont à « prendre avec prudence », reconnaît-on à la DEPP.

Des conséquences importantes sur l’emploi du temps des mères de famille

Le retour de la semaine de quatre jours pourrait avoir des conséquences importantes sur l’emploi des femmes dans les communes concernées. La forte prégnance du temps partiel chez les femmes s’explique en effet en partie par la nécessité de dégager la journée du mercredi pour s’occuper des enfants.

Une étude récente a d’ailleurs montré que la réforme Peillon de 2013 avait eu « un impact significatif sur l’allocation du temps de travail des mères » : en rétablissant la semaine de quatre jours et demi, elle a permis, en moins de deux ans, de réduire de 15 % le différentiel de participation le mercredi entre hommes et femmes. Un retour en arrière pourrait donc conduire certaines mères (et parfois certains pères) à réduire leur temps de travail. Certaines mères devront donc de nouveau réduire leur temps de travail, alors que depuis la réforme Peillon, elles peuvent travailler à temps plein.

Semaine à jours oui mais quid des activités périscolaires ?

Plus globalement, les organisations de parents d’élèves se montrent divisées sur la question : si la PEEP, classée à droite, salue une mesure de « souplesse », la FCPE, proche de la gauche, craint une accentuation des « inégalités scolaires ».

Les villes qui choisissent de repasser à la semaine de quatre jours renoncent de fait aux trois heures hebdomadaires d’activités périscolaires qui accompagnaient la réforme. Ce qui a pour effet de supprimer de nombreux emplois pour les animateurs qui prenaient en charge ces « temps d’ouverture » pour les élèves, qui pouvaient prendre la forme d’activités sportives, manuelles ou culturelles… ou de simple récréation encadrée.  Agnès Longueville, déclare : « Il est vrai que certains animateurs périscolaires vont perdre leurs emplois mais pas tous car, le gouvernement veut conserver des activités périscolaires le mercredi ». De nombreuses petites communes ont opté pour le retour aux quatre jours au nom d’impératifs budgétaires : malgré les aides mises à disposition par l’Etat, elles avaient souvent du mal à financer des activités périscolaires. De telles décisions pourraient se multiplier si le gouvernement décide, comme l’a évoqué Emmanuel Macron, de réduire la portée de ces aides aux communes.

Le ministre, Jean-Michel Blanquer, ne veut surtout pas donner l’impression que les élèves perdent en activités périscolaires, dans le cas des communes repassent à la semaine à 4 jours. Il prépare un plan, mercredi 21 février, qui devrait être dévoilé dans quelques semaines, avec des loisirs culturels et sportifs. Mais, avec un budget largement à la baisse.