Le « devoir de mémoire », expression à la mode, mais légèrement controversée. Mais alors de quoi s’agit-il concrètement ? C’est un devoir moral attribué à des Etats d’entretenir le souvenir des souffrances subies dans le passé par diverses catégories de population, surtout si ces souffrances étaient sous sa responsabilité. Vaste, vague, on peut se demander si ce devoir est respecté dans sa globalité.

L’impact de l’Etat

Des heures et des heures d’histoires et de géographies qui ont rythmé le quotidien d’élèves peu intéressés. Tout y passe, enfin presque. On met le doigt sur des événements mais il est difficile de retracer le passé de la France dans son intégralité. Le but est avant tout de construire une mémoire collective autour de valeurs partagées et de contribuer au sentiment d’appartenance commune : le vivre ensemble.

Les hommes politiques sont fascinés par les commémorations. Chacun se démène pour être chaque année le premier sur les lieux, pour donner de l’importance à cette mémoire (ou se donner de l’importance, à voir). Un exemple ? l’embouteillage que crée chaque année l’anniversaire de la mort du Général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises. Et c’est un événement qui rapproche tout bord politique, menant tentatives sur tentatives pour essayer de rallier le défunt à son parti.

Les musées, des années et des années d’histoire regroupées dans quelques mètres carrés suffisent-ils à transmettre le passé ? Ils sont importants, nécessaires, mais pas particulièrement convoités par les jeunes.

L’art, au service de la mémoire

Il y a quelques jours, une artiste brésilienne, Marina Amaral, réveille des photos de déportées d’Auschwitz, en leur offrant de la couleur. Impactantes, ces photos oubliées ont refait surface et suscité beaucoup d’émotions à travers le monde.

Marina Amaral

Les films jouent aussi un impact majeur dans ce devoir de mémoire. Un exemple ? La Vénus Noire réalisée par Abdellatif Kechiche. Issu d’une histoire vraie, ce film retrace le parcours de Saartjie Baartman, une jeune femme originaire de la colonie du Cap d’ethnie koisan, appelé Vénus hottentote. Nous sommes en 1817, lorsque cette femme aux formes généreuses est prise pour un animal. L’anatomiste Georges Cuvier l’étudie. Elle est mise en scène dans des spectacles et fait le tour des villes pour être montrée en public. Elle meurt à 25 ans. Son squelette, ses fesses et ses organes génitaux seront conservés au musée de l’Homme jusqu’à la fin des années 70.

schermaglie.it

La littérature est également un élément indispensable à la transmission de l’histoire. Les ouvrages mettent en exergue des faits incontournables et traversent le temps sans encombres. Encore faut-il se rapprocher de ce genre de contenu.

Un devoir de mémoire à temps partiel ?

Si de nombreux faits sont relatés avec pertinences dans nos sociétés, il y a des failles, des périodes honteuses misent sur le carreau, du moins pour une partie de la population. Nous avons une image du passé définie par les éléments transmis par l’Etat ou par les supports artistiques qui nous interpelles intimement. Un voile de brouillard qui nous fait croire tout savoir, mais qui nous cache parfois une partie du passé.

Le temps passe, les lieux changent, les traces de l’époque s’effacent. Le devoir de mémoire est aussi là pour répondre à cette faille. Est-ce vraiment le cas ? Un après-midi sur le champ de mars, une belle vue et une liberté incontestable. Inconscient, nombre sont les personnes qui traversent ses ruelles et se pavanent sur l’herbe gorgée d’eau pour laisser paraître cette couleur verdâtre d’une excellente teinte, sans se rappeler les événements qui occupaient les lieux fin 19ème. Des Zoo humains. Des cages. Des expositions et spectacles. Avec des humains.

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La grande majorité des Occidentaux ont eu leurs premiers contacts avec les populations noirs à travers une grille, une barrière, un enclos. Pourtant, cette période reste floue pour beaucoup de Français, voire méconnue.

2018, un retour vers le passé ?

Des débats politiques infondés, des repas de famille aux discussions faussement réaliste, et si l’histoire n’était pas transmise comme il le faut ? Un paradigme faussé qui s’insère dans la société française.

Lorsque l’on regarde les échanges qui rythment l’actualité, difficile de penser que l’ensemble de la population française à conscience de ce qu’est la France. Complexe, diverse, éloquence de l’anti-thèse, l’histoire du drapeau tricolore est riche. Le risque est bien présent, l’histoire a tendance à se répéter si les individus qui l’écrivent ne sont pas conscients des conséquences que peuvent avoir leurs paroles, leurs actes.

C’est ça tout l’enjeu de ces prochaines années. Dans une époque où tout est plus rapide, ne pas commettre les erreurs du passé, activer sa curiosité et découvrir des faits que l’on n’imaginait pas est une clé. Une clé pour être plus intelligent, pour écarter ce déni ambulant.

« Le futur appartient à celui qui à la plus longue mémoire » – Friedrich Nietzsche