A quelques semaines des 50 ans de mai 68, la question de l’évolution des manifestations en France se pose. Ainsi nous avons rencontré Bernard, 17 ans en 68 et acteur des contestations à l’époque et Maxime militant Black Bloc, acteur des dernières manifestations. Nous avons pu échanger sur leurs visions des mouvements de contestation. Interview croisée.

– Pour vous,  la violence contre l’État est un mode d’action légitime ?

Bernard: « Non, on ne peut pas légitimer la violence contre un état démocratiquement élu. La question se pose si on vit dans un État totalitaire ».

Maxime: « Pour moi, la violence est un mode d’action légitime à partir du moment où les médias ne s’intéressent pas aux luttes s’il n’y a pas « casse ou dégradations » ainsi que violence contre des individus. Elle est encore légitime pour montrer le rejet de la société actuelle, aussi elle est le symbole d’un ras-le-bol général ainsi que la conséquence d’une frustration dû au fait que le gouvernement n’écoute pas le peuple ».

– Qu’est-ce qui est nouveau aujourd’hui dans les mouvements de contestation ?

Bernard: « Les mouvements de contestation actuels peuvent sembler très spontanés, mais ils me semblent, en fait, en proie à des agitateurs « professionnels » ».

Maxime: « Les réseaux sociaux permettent d’améliorer les mobilisations, car il y a des appels à la mobilisation pour certaines actions, mais aussi de mettre en lumière les différentes luttes afin de créer une convergence ».

– Les affrontements entre militants et forces de l’ordre ne sont-ils pas plus nombreux aujourd’hui ?  

Bernard: « Les affrontements ne sont peut-être pas plus nombreux de nos jours, mais ils sont certainement, mais ils sont certainement plus spectaculaires et violents (Notre-Dame-Des-Landes par exemple) ».

Maxime: « Non, je ne pense pas qu’ils soient plus nombreux aujourd’hui, mais ils sont plus visibles grâce aux médias indépendants et aux réseaux sociaux ».

– Selon vous quels sont ou quels ont été les ressorts/les idéaux de vos contestations (en mai 68 vs. maintenant ?)

Bernard: « En mai 68, les étudiants (et les jeunes plus généralement) souhaitaient bénéficier d’une plus grande liberté et ils voulaient s’affranchir du carcan de « l’ancienne génération ». Il fallait donc lutter contre « l’ordre établi » représenté par la police, les magistrats, les professeurs, les mandarins (chefs de clinique) ».

Maxime: « Pour mai 68, les raisons de la contestation sont en soit « plus importantes » qu’aujourd’hui, car elles visaient un rejet de la société capitaliste globale alors qu’aujourd’hui la réforme des facs et le service public ne touchent qu’elle-même ».

– On voit également que des personnes viennent de l’étranger pour participer aux manifestations et aux affrontements, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Bernard: « Je n’ai jamais cru en une « lutte internationale ». Cette « internationalité » ne peut faire rêver que quelques marginaux de la politique ».

Maxime: « Je ne suis pas d’accord! Je trouve ça génial. Les luttes sont basées sur une solidarité entre personnes ayant les mêmes idéaux et non des mobilisations seulement nationales, comme par exemple la forte mobilisation de personnes de différents pays à Hambourg pour le G 20 ou encore l’afflux de personnes étrangères à Notre Dame Des Landes ».

– Le degré d’exaspération des militants ne s’est-il pas accentué en 50 ans ?

Bernard: « Je pense qu’il y a moins de militants activistes de nos jours, mais ils sont plus visibles (car violents) qu’il y a 50 ans ».   

Maxime: « Je suis d’accord, il est même moins important, je trouve, car les chiffres des mobilisations le montrent, il n’y a pas grand monde dans les rues ».

– Quel regard portez-vous sur le mouvement Nuit Debout ? Est-ce selon vous un mouvement hérité des Indignados espagnols ou le chant du cygne de mai 68 porté par une jeunesse nostalgique de cette époque ? »

Bernard: « Le mouvement « Nuit Debout » est une suite à l’indignation causée par les attentats perpétrés en France. Et le mouvement « insoumis » qui semble en être l’émanation ne semble pas avoir beaucoup de succès en France ».

Maxime: « Le mouvement de Nuit Debout a été un projet citoyenniste très fort et symbolique cela n’était pas arrivé depuis longtemps. Je ne pense pas que la jeunesse est nostalgique et que ce qui se passe en ce moment dans les facs est une piètre reconstitution de mai 68, néanmoins les codes et actions sont similaires mais le combat n’est pas le même car la société a bien évolué ». 

Finalement mai 68 avait commencé à l’Université de Nanterre et aujourd’hui le blocage de cette fac a recommencé. Faut-il y voir un signe? Affaire à suivre.