Aujourd’hui sort dans les salles la Promesse de l’aube, inspiré du roman de Romain Gary. L’occasion de revenir sur cet auteur dont les multiples vies, l’amour pour les femmes et les nombreuses identités lui façonnent un destin extraordinaire.

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew, voit le jour en 1914 à Vilnius en Lituanie. Né de parents juifs, il sera élevé par sa mère, Nina, après que son père quitte le foyer conjugal alors qu’il n’est encore qu’un enfant. Un père absent, exécuté par les nazis lors de la liquidation du ghetto de Vilnius. Sa mère et lui arrivent en France en 1928 et posent bagages à Nice. Roman a alors 14 ans.

Un homme aux mille et une vies

 L’écriture. C’est le premier talent dont témoigne Roman Kacew en 1935 avec la publication de sa première nouvelle L’Orage. Son premier roman, Le Vin des morts se verra refuser par les éditeurs. En parallèle, il prépare le concours d’entrée pour intégrer l’armée française.
1940, au lendemain de la déclaration de la seconde guerre mondiale, Roman rejoint les Forces Aériennes Françaises Libres. C’est à ce moment-là que Roman Kacew devient Romain Gary. Il choisit ce nom de résistant qui signifie « feu » en russe. Une longue et brillante carrière dans l’armée attend alors le lieutenant Gary. Après 25 missions effectuées sur le front de l’Ouest, il est fait compagnon de la Libération et est nommé capitaine de réserve à la fin de guerre. Le général de Gaulle le décore de la Légion d’Honneur en 1945. Pendant toutes ces années passées sur le front, Romain Gary n’oublie pas son premier amour, l’écriture. L’écrivain militaire publie son premier roman en 1945, Education Européenne, dédié à sa mère.
Au lendemain de la guerre, Romain Gary épouse une carrière diplomatique. Il parcourt le monde : Londres, Sofia, Berne New-York…et brille en tant que consul de France à Los Angeles de 1956 à 1960.
A cette même période il découvre le monde du cinéma et nourrit un intérêt pour la réalisation. Deux films sortiront sous la direction de Romain Gary : Les oiseaux vont mourir au Pérou en 1968 et Police Magnum en 1972. Il fait partie du jury du Festival de Cannes en 1962 et 1975.
Tantôt aviateur, diplomate ou réalisateur, Romain Gary a toujours gardé son identité d’écrivain dans les différentes facettes de sa vie.

Un homme inspiré par les femmes

Mon tout. C’est comme ça que Romain Gary appelle sa mère. Elle occupe une place centrale dans sa vie. Son amour pour elle se reflète dans son premier roman Education européenne et dans l’un de ses plus célèbres ouvrages : la Promesse de l’aube, adapté ce jour-même au cinéma. En février 1940, il profite d’une courte permission pour rendre visite à sa mère, restée à Nice. C’est la dernière fois qu’il la verra, elle décède d’un cancer de l’estomac quelques temps après.
Alors qu’il est sur le front, Romain Gary rencontre Ilona Gesmay, une jeune hongroise dont il tombe éperdument amoureux. Elle lui inspirera deux romans : La nuit sera calme et Europa. Alors qu’elle est sans famille et sans revenus, la jeune femme disparaît et laisse un homme désespéré et profondément attristé.
A l’aube de sa carrière diplomatique, il rencontre et épouse une femme de lettres anglaise, Lesley Blanch.
Au moment où il se découvre un intérêt pour la réalisation, il fait la connaissance de l’actrice Jean Seberg qui devient sa seconde épouse en 1963 et qu’il met en scène dans ses deux films. Ils se séparent lorsque la liaison entre l’actrice américaine et un certain Clint Eastwood est dévoilée. Quelques mois plus tard, elle est retrouvée morte dans sa voiture, le sang rempli d’alcool et de drogues. Avec elle, elle emporte la plume de Romain Gary, il n’écrira plus jamais…mais il ne cessera jamais d’aimer. Cet amoureux de l’amour rencontre en 1978 Leïla Chellabi, une mannequin et animatrice radio. C’est elle qui dispersera ses cendres en 1881, en Méditerranée, comme le voulait l’écrivain. Chaque grande étape de la vie de Roman Kacew est bouleversée par la rencontre d’une femme.

5 pseudonymes et 2 prix Goncourt  

Roman Kacew devient Romain Gary en 1940 au moment où il intègre les Forces Aériennes Françaises Libres. C’est sous ce pseudonyme qu’il reçoit son premier prix Goncourt en 1956 pour Les racines du ciel.
Romain Gary a également écrit sous les noms de Lucien Brûlard, Fosco Sinibaldi ou encore Shatan Bogal.
En 1974, il donne vie à un nouveau pseudonyme : Emile Ajar. Sous ce nom, il publiera 4 romans : Gros-Câlin, Pseudo, L’angoisse du roi Salomon et La vie devant soi. Alors que la critique le décrit comme un écrivain fini et asséché, Romain Gary demande à son cousin, Paul Pavlowitch, d’incarner Emile Ajar. Cette supercherie lui permet d’obtenir un second prix Goncourt en 1975 avec La vie devant soi, une récompense qu’il est interdit d’attribuer deux fois au même auteur. La véritable identité d’Emile Ajar ne sera révélée qu’à la mort de l’écrivain dans le livre Vie et Mort d’Emile Ajar. Romain Gary se glisse un revolver dans la bouche l’après-midi du 2 décembre 1980 et se donne la mort. Il termine son récit avec ces mots : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci ».