Depuis quelques années, nombreux sont les investisseurs étrangers à s’intéresser au sport français. Dernier cas en date, l’offre de rachat du Stade Français, par Hans-Peter Wild, un industriel allemand. Mais quelles sont les raisons de cet intérêt étranger pour le sport hexagonal ? Une réponse aux multiples facettes, qui permet un petit tour d’horizon de ces investissements étrangers dans le sport français. 

Le business a ses raisons, que l’amour ignore :

Tout d’abord, il convient d’écarter d’entrée une hypothèse. Si les étrangers investissent massivement dans le sport français, ce n’est pas par mécénat. Plutôt paradoxal, car rarement le sport aura permis à un investisseur de gagner directement de l’argent.Pourtant, jamais les actionnaires étrangers n’auront été aussi nombreux dans le sport français : les Russes à Monaco, les Qataris et les Allemands à Paris, l’actionnaire luxembourgeois à Lille…

Mais plus que des revenus directs, le sport peut permettre à un investisseur de rentabiliser son business à long terme. Par exemple, dans le cas des dirigeants qataris au Paris Saint-Germain, le rachat du club de la capitale aura permis de mettre en lumière un pays, et de valoriser son économie. Cela aurait pu paraître étonnant que des actionnaires investissent dans le football alors même qu’ils avaient déjà d’énormes parts dans de grands groupes français, comme Total ou Areva. Mais aucune vitrine n’est aussi belle que le football et le sport en général. Autrement dit, le sport offre une visibilité sans commune mesure avec les autres investissements. Il suffit d’ailleurs de regarder les dépenses publicitaires qui entourent chaque grand évènement sportif. En définitive, un investisseur peut accepter de perdre de l’argent avec le sport à condition que cela lui en fasse gagner dans son autre activité.

Une audience importante pendant l’euro 2012, ici une fan zone remplie               de supporters (crédit photo: AFP)

D’autre part, si les investisseurs se tournent vers la France, c’est aussi parce que les infrastructures y sont excellentes. La France permet, en effet, de jouir, concernant les sports collectifs, d’un vivier intarissable. Que ce soit en rugby, en basket, en football ou en handball, la formation française est reconnue dans le monde entier. Surtout que le sportif français assure aux investisseurs de bénéficier d’un joueur de qualité à moindre coût en particulier dans le football et le handball. Par exemple, dans le cas du football, lorsque l’AS Monaco souhaitera se séparer de son attaquant Kylian Mbappé (18 ans), le club de la principauté touchera sûrement le pactole, pour son joueur formé au club. Autre exemple dans le handball, le club de Montpellier devrait faire une belle plus value sur le transfert de Ludovic Fabregas, un joueur formé au club, annoncé avec insistance du côté du FC Barcelone.

Le jeune talent monégasque kylian Mbappé (crédit photo: Valery hache)

Enfin, la dernière explication de cet investissement massif venu de l’étranger est tout simplement la situation géographique et économique française. En investissant dans l’hexagone, les actionnaires bénéficient des règles propres au marché commun européen, avec toutes les facilités dues à la circulation des biens et des personnes. Surtout que les clubs français coûtent rarement chers. Donc l’investissement à la base est moindre qu’avec un club allemand ou espagnol.Autre avantage de la géographie française, les équipes évoluent en coupes d’Europe. Des compétitions à l’échelle du continent particulièrement médiatisées. Et donc, financièrement les plus viables. Car oui clairement l’investisseur recherche le profit, qu’il soit direct ou indirect. Et pour le moment, les actionnaires sont convaincus d’avoir trouvés avec le sport, le meilleur vecteur vers l’enrichissement.

Les joueurs du Saracens avec la Coupe d’Europe de rugby (crédit photo: AFP)
Les actionnaires étrangers dans le sport français:
 – Stade Français : Les Allemands sont entrés dans Paris

Depuis le début de l’année, le Stade Français est au cœur de la mêlée. Après avoir été annoncé proche d’une fusion avec le Racing Club 92, le club de la capitale a finalement renoncé à son projet d’association avec le club des Hauts de Seine. Depuis, les choses se sont accélérées puisque le milliardaire allemand Hans-Peter Wild (fortune estimée 3 milliards de dollars) a formulé une offre de rachat acceptée par le club parisien. L’homme de 75 ans, propriétaire d’une société d’additifs alimentaires connue pour l’un de ses produits: le Capri-Sun, une boisson aromatisée. L’homme d’affaire allemand souhaite investir dans le rugby hexagonal. Grand fan d’ovalie, l’industriel réalise avec ce rachat un rêve d’enfant. Même s’il a déjà prévenu les supporters qu’il ne ferait pas d’investissement massif dans le club. De quoi peut être, déjà, refroidir les ardeurs des aficionados du Stade Français.

Hans-Peter Wild, l’Allemand qui devrait prendre la tête du Stade-Français (crédit photo: DPA)
– Olympique de Marseille : Hollywood sur la Cannebière

Les fans de l’Olympique de Marseille peuvent retrouver le sourire. Après cinq ans de disette et de marasme tant sur le plan sportif qu’extra sportif, les phocéens veulent retrouver les sommets grâce à leur nouvel investisseur américain, Frank McCourt. L’homme d’affaire souhaitait depuis longtemps investir dans le football français puisqu’il s’était intéressé un temps aux Girondins de Bordeaux. Mais finalement, il a préféré jeter son dévolu sur le seul club français à avoir inscrit son nom au palmarès de la Ligue des Champions (édition 1993). Avec ce rachat l’Américain, se retrouve à la tête d’un des clubs français les plus populaires. Auparavant inconnu en Europe, l’homme d’affaire est devenu en l’espace d’un mois (la durée de la négociation de rachat), l’un des hommes forts du football français.

Le nouvel actionnaire majoritaire de l’Olympique de Marseille Frank McCourt (crédit photo: Alvaro Canovas)
le PSG Handball : les Qataris balle en main

Les Qataris ont racheté le Paris Saint-Germain. Une information qui n’avait échappée à personne. Ou presque, car peu de gens (en dehors des passionnés de sport) savent que les qataris sont aussi propriétaires du club de handball de la capitale. En effet, seulement quelques mois après avoir racheté le club de football en 2011, les investisseurs du Golf persique se sont tournés vers le handball, en vue de faire du PSG l’une des références du sport européen. A l’image du FC Barcelone ou du club Turc de Galatasaray. De plus, les Qataris ont mis en œuvre la même stratégie que dans le ballon rond. C’est à dire acheter les meilleurs joueurs du monde. Autant dire que cette Dream Team devrait rapidement arriver sur le toit de l’Europe.

Le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi (crédit photo: Olivia Detroyat)
– AS Monaco : les Tsars du Basket :

Petite particularité à Monaco, la salle de basket est installée sous le stade de football. Mais n’y voyez en aucun cas une hiérarchie entre les sports. Enfin, du moins depuis que l’équipe de basket s’est illustrée avec des résultats exceptionnels. Des performances qui ne sont pas étrangères aux investissements faits dans l’Equipe de Basket par le propriétaire ukrainien accessoirement milliardaire, et lié à des affaires troubles (il a été la cible d’une tentative d’assassinat). Avec un recrutement copieux, le propriétaire a mis les petits plats dans les grands afin d’assurer au Rocher un avenir radieux. Faisant de ce minuscule territoire (202 hectares) l’un des pôles les plus importants du sport français. Un argent qui fait débat dans l’hexagone, mais qui assure au moins à l’AS Monaco de porter haut les couleurs françaises en Europe.

le propriétaire ukrainien de l’AS Monaco Basket Sergueï Dyadechko (debout à droite) crédit photo: Sergueï Dyadechko