Etre sexuellement comblé par les artifices de la virtualité. C’est ça la digisexualité, la nouvelle orientation sexuelle. Retour sur ce phénomène qui n’a pas fini de faire parler de lui. En quelques mots, la digisexualité, ou sexe digital, c’est une sexualité virtuelle qui intègre la technologie. Si ce terme semble nouveau, la digisexualité et un phénomène qui ne date pas d’hier. Retour sur cette tendance qui tend de plus en plus à devenir une identité sexuelle.

Crédits : Joan Alvado
Du téléphone rose à la maison close
La digisexualité peut prendre différentes formes. Ça commence il y a déjà des années, avec le téléphone rose et les premières webcams sur Internet : un individu interagit avec une partenaire par le biais d’un appareil, d’un téléphone ou d’un écran. Si à cette époque ces pratiques pouvaient être jugées tabou ou rares, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’ère du numérique démocratise la sexualité, la technologie ne cesse d’évoluer et d’amener avec elle de nouvelles pratiques. Aujourd’hui, les applications mobiles et les objets connectés sexuels se multiplient et la demande ne cesse de croître. Le secteur qui semble le plus se nourrir de ces avancées technologiques est celui de la pornographie. Selon une étude publiée par le site VrPorn en septembre 2017, la pornographie virtuelle domine le trafic Internet. Le site est spécialisé dans la pornographie virtuelle et enregistre une croissance de 50% de son trafic entre juin et août 2017. Quand on regarde les 50 sites de réalité virtuelle les plus visités, 30 sont liés à des services de pornographie, soit 60 % du total. Sur les 5 sites de réalité virtuelle les plus visités du monde, 3 sont des sites pornographiques. Autre tendance, le sexe robotisé. Aujourd’hui à Paris, il est possible de se rendre dans une maison close exclusivement habitée de robots. Passionné de nouvelles technologies, Joaquim Lousquy s’est lancé dans la location de poupées sexuelles en silicone. Il propose à ses clients de passer un bon moment en compagnie de ces « sex dolls » (poupées sexuelles). L’établissement possède trois chambres composées d’un matelas, d’oreillers et d’un grand écran sur lequel sont diffusés des films pornographiques…à moins que les clients préfèrent profiter de leur séance via un casque de réalité virtuelle.
Crédits : Joan Alvado
Du virtuel…
La pratique sexuelle qui consiste à avoir une relation sexuelle avec un robot a été popularisé par le petit écran. Les films Her et Ex Machina par exemple ont nourri l’imaginaire de ces intelligences artificielles dont on peut tomber amoureux. Les séries Westworld et Real Humans mettent en scène des robots plus vrais que nature avec lesquels les relations sexuelles sont anatomiquement possibles.
…au réel
Aujourd’hui, la barrière entre la virtualité et la réalité s’efface peu à peu. Comme dit plus haut dans l’article, il est maintenant possible d’avoir des relations sexuelles robotisées. Mais qu’est-ce qui pousse les intéressés à se tourner vers cette pratique sexuelle et pourquoi séduit-elle de plus en plus ?
« Les gens qui se tournent vers cette nouvelle orientation sexuelle recherchent une forme de liberté et d’interactivité. », explique Catherine, sexologue depuis maintenant une quinzaine d’années à Paris. « Ils fuient le sexe réel qui implique selon eux des relations trop compliquées où la liberté d’action et de pensée sont réduites. Il est plus facile pour eux de s’éprendre d’un robot qui correspond parfaitement à leurs fantasmes et à leurs désirs mais qui surtout leur offre une relation dans la plus grande simplicité. C’est vraiment ça pour eux, trouver une relation simple avec quelqu’un, chose souvent absente dans les relations d’humain à humain. »
La digisexualité, ça touche qui ?
« Je m’aperçois que le phénomène de la digisexualité touche de plus en plus de personnes. Et c’est intéressant de voir que le panel de mes clients sur la question est très large. J’ai beaucoup de couples qui viennent me voir et qui voient dans la digisexualité un moyen de pimenter leur vie sexuelle et de découvrir de nouvelles expériences. », toujours selon la sexologue. La jeune génération, curieuse et libérée sur le sujet de la sexualité semble aussi intriguée par le sexe digital. « Les jeunes s’intéressent à la digisexualité mais ils complexent un peu, ils se demandent si avoir envie de tester ces nouvelles pratiques c’est quelque chose dans l’ère du temps ou si ça a un côté un peu pervers. »
Pour Patricia, psychologue dans une clinique parisienne, la digisexualité a des vertus positives. « C’est un moyen pour les personnes en manque d’affection de combler un vide. Je ne pense pas que ça puisse être un vecteur de dépression comme j’ai pu l’entendre. Ce sont des gens qui à la base ressentent une profonde solitude, donc ça ne peut que les aider. Même chose pour les personnes frustrées sur le plan sexuel, ça permet de libérer leurs fantasmes ». C’est ce qu’on appelle la paraphilie (attirances ou pratiques sexuelles différentes des actes traditionnellement considérés comme « normaux »).
Au même titre que l’homosexualité et l’hétérosexualité, la digisexualité est sur le point de devenir une orientation sexuelle à part entière.