Le mercredi 17 janvier, le premier ministre Edouard Philippe a pris la décision historique d’abandonner le projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes (NDDL). Mais il ne s’est pas arrêté là, il a déclaré être déterminé à « mettre fin à la zone de non-droit qui prospère depuis 10 ans ». Les occupants de la ZAD ont remporté une grande victoire, mais ils ne sont pas disposés à se laisser déloger pour autant. La suite peut être explosive…

Sur place, quelques 300 habitants occupent illégalement la zone. La résolution de l’état d’abandonner le projet est saluée unanimement. Les différentes associations anti-aéroport liées à la Zad ont publié un communiqué dans lequel elles déclarent : « Il s’agit bien d’une victoire historique face à un projet d’aménagement destructeur. Celle-ci aura été possible grâce à un long mouvement aussi déterminé que divers. » Un grand rassemblement est même organisé sur place le 10 février « de célébrer la préservation de ce bocage, avec toutes celles et ceux qui ont accompagné cette longue histoire de lutte au cours des dernières décennies. »

Chacun des bâtons planté sur cette butte de NDDL représente un ami, s’étant engagé à venir épauler les habitants en cas d’intervention policière. Crédit : Loïc Venance/AFP
Des occupants pas décidés à s’en aller pour autant

Mais le rassemblement doit également servir à « converger pour poser ensemble les prochains jalons de l’avenir de la zad de Notre-Dame-des-Landes ». Car si le premier ministre est déterminé à « mettre fin à la zone de non-droit qui prospère depuis 10 ans », les occupants ne l’entendent pas ainsi. A première vue, leur victoire devrait être synonyme de la fin de l’occupation du bocage. Mais presque vingt ans après la création de la ZAD, pour eux les enjeux sont autres. Dans un dernier communiqué, ils confirment leur refus de rendre les terres occupées :

« En ce qui concerne l’avenir de la zad, l’ensemble du mouvement réaffirme dès aujourd’hui :

-La nécessité pour les paysan-ne-s et habitant-e-s expropriés de pouvoir recouvrer pleinement leurs droits au plus vite.

-Le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre en soin.

-Une volonté de prise en charge à long terme des terres de la zad par le mouvement dans toute sa diversité – paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants. »

Le message est clair. La communauté et la vie qui s’est développée sur place a dépassé la dimension politique uniquement liée au projet d’aéroport. La plupart des occupants ont tout quitté pour vivre dans cette micro société à l’écart de la société. Leur vie entière s’y trouve, leur foyer, leur travail. Certains y ont même élevé leurs enfants.

La route des chicanes, fermée à la circulation. Des obstacles ont été disposés de façon à ralentir l’avancer des forces de l’ordre en cas d’intervention.
Une décision collective et définitive

Les décisions sont prises par des assemblées, au terme de discussions interminables. La décision de l’assemblée est donc de ne pas quitter NDDL. Leur vie en société fonctionne, de nombreuses infrastructures ont été construites, et l’entraide avec les agriculteurs locaux est une plus-valu pour les tout le monde. Vraisemblablement, aucune raison valable ne les inciterait à partir.

En ce qui concerne la départementale D281, surnommée « route des chicanes » où tout un tas d’obstacles avaient été disposés de façon à ralentir les forces de l’ordre en cas d’intervention, le premier ministre a demandé à ce qu’elle soit débarrassée et rouverte à la circulation. Les habitants de la ZAD on fait un pas vers le gouvernement en acceptant de remettre eux-mêmes la route en état, mais en avertissant : « La présence ou l’intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation. »

Le pire reste à venir

La fin de la trêve hivernale fixée au 30 mars pourrait bien voir le déploiement de centaines de gendarmes mobiles pour les évacuer des terres. Les 300 habitants de la ZAD pourraient voir des sympathisants venir gonfler leurs rangs pour les aider à organiser leur défense. Si le projet de l’aéroport est abandonné, l’histoire de NDDL n’est pas terminée, et la suite risque d’être émaillée de violences. Reste à espérer que le dénouement ne soit pas tragique.