Ce week-end, les correcteurs de l’édition ont profité du Salon du Livre pour faire entendre les revendications pour un statut plus stable. Ils étaient présents de jeudi dernier à aujourd’hui à la Porte de Versailles, pour alerter sur la précarités de leurs conditions de travail.

Depuis plus d’un an maintenant, les correcteurs de l’édition, mais aussi de la presse, se battent pour obtenir des conditions de travail plus stables. Les éditeurs offrent de moins en moins de contrats à ces membres de la chaîne éditoriale et en conséquence, les conditions de travail des correcteurs se dégradent au fur et a mesure des années. Les contrats des correcteurs de l’édition et de la presse sont d’une grande précarité, car même s’il s’agit de CDIs, ils ne sont pas mensualisés. Ils n’ont donc pas toujours le même revenu d’un mois à l’autre. Ces salariés au statut particulier peuvent parfois faire des mois à 0 heures, des mois non rémunérés en somme.

L’uberisation de l’édition

Aujourd’hui, l’uberisation de l’économie française touche aussi l’édition. De plus en plus de correcteurs se voient dans l’obligation de passer au statut d’auto-entrepreneur. Cette situation concerne notamment les jeunes, qui acceptent souvent par dépit ces conditions de travail, supportables lorsque l’on est bien payé. Mais à moins d’être rémunéré de façon importante, cela implique bien souvent beaucoup de travail pour pouvoir subvenir à ses besoins tout en ayant de quoi payer les charges inhérentes au statut d’auto-entrepreneur. Malheureusement, les offres de travail se font rares dans l’édition comme dans la presse, Et la situation en fait un métier qui tend à être supprimé.

Salariés sans salaires, ni droits

Beaucoup d’éditeurs comprennent et soutiennent néanmoins le combat de ces salariés. « Si ils sont salariés il doivent avoir les mêmes droits, notamment au niveau des congés » estime Martine Rousseau-Rossmann, responsable éditoriale chez INED (Institut National d’Etudes Démographiques), qui se dit d’accord avec leurs revendications. En effet, en plus de leurs salaires irréguliers, les correcteurs doivent souvent respecter des délais ne prenant pas en compte les jours chômés réglementaires pour tous les salariés.

Les éditeurs à bout de souffle

Jean-Louis Malherbe éditeur chez Ibis Rouge, explique que malgré l’importance de ce métier, les coûts sont souvent trop élevés pour les petits éditeurs , qui ne peuvent souvent plus se permettre d’engager un correcteur: « Tout est cher, il faut vendre les livres moins cher, mais qu’est-ce qu’il reste pour les éditeurs ? 0 où 0,1% (du prix de vente du livre). Entre 38 et 45% reviennent déjà aux libraires. (…) Même si le correcteur coûte cher, c’est un métier qui devrait exister, mais le coût est trop élevé. Il faut les aider, mais il faut qu’on puisse payer. » Ainsi, lorsque les éditeurs font le choix de se passer de correcteurs pour réduire les coûts, ils doivent prendre en charge le surplus de travail.

Quel avenir pour les correcteurs ?

Les correcteurs semblent donc être dans une impasse, face à une législation et un mode de production des livres qui poussent ce métier dans l’oubli. Entre choix difficiles pour beaucoup d’éditeurs et découragement des correcteurs, l’avenir de la profession semble fortement remis en question.