L’objectif de certains groupes de supporters, c’est d’avoir une  activité sociale au sein des clubs. Ils souhaitent s’exprimer sur l’activité de leur club. Ils estiment qu’ils ne sont pas assez pris en considération. Pour apaiser les tensions, les instances publiques ont mis en place la loi Larrivé qui permet la reconnaissance des groupes de supporters comme acteurs des clubs. Où en sont aujourd’hui les ultras, les clubs et les instances publiques sur leurs relations ? Focus.

Les représentants de supporters de clubs et des pouvoirs publics sont invités à discuter autour d’une table, mais de manière trop irrégulière. Les supporters veulent remédier à cela et faire valoir leurs droits. Du problème de fumigènes jusqu’au dossier brûlant des tribunes debout, les supporters veulent avoir leur mot à dire.

La Loi Larrivé, un tournant dans la relation entre les clubs et les supporters ?

Depuis la loi Larrivé du 10 mai dernier, les clubs français sont dans l’obligation d’avoir un intermédiaire chargé des relations avec les groupes de supporters. SLO veut dire Supporter Liaison Officier en anglais. Contrainte par la loi, la Fédération française a délégué à la Ligue de football professionnel (LFP) la mise en place de ce nouveau métier auprès des clubs pros. Seuls Lyon et Nice, pour l’instant, ont créé ce nouveau poste, tandis que Saint-Étienne est en train de le mettre en place…

Xavier Pierrot, Stadium Manager de l’OL a expliqué dans un entretien avec Eurosport, comment les SLO bonifient les relations entre Lyon et ses supporters. Il explique : « On est l’un des premiers clubs français à avoir eu un SLO au début des années 2000. Une personne du marketing qui s’occupait des relations avec les groupes de supporters. Et nous avons même recruté un deuxième SLO cette année. Le tout pour gérer 14 groupes de supporters. : un sera plus proche des groupes de supporters en Kop et un autre avec les autres groupes ».

Pour lui le SLO est un poste central au club pour la pérennité des supporters. Il poursuit : « La Loi Larrivée a essayé de créer une vraie discussion avec une représentativité des supporters. On pense que c’est vraiment un poste primordial parce qu’un club n’est pas une entreprise comme une autre. Un bon SLO doit être supporter quand il est en face du club pour défendre les intérêts des supporters et il doit être “club” en face des supporters pour défendre les intérêts du club. Avant, on ne se parlait qu’en cas de crise ou pour un match particulier. Aujourd’hui les relations avec le SLO sont constantes et donc vous pouvez travailler sur différents sujets. La relation gagne en confiance et c’est dans cette confiance qu’on peut avancer. ». Convaincu de l’amélioration des relations entre L’Olympique lyonnais et ses supporters, il conseille aux autres clubs de suivre cette loi au plus vite : « Quand je parle avec mes homologues, j’essaie de leur expliquer la nécessité d’un SLO. Après, il faut trouver la bonne personne, c’est un job vraiment pas facile. »

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Mais d’autres clubs qui n’ont pas de SLO arrivent quand même tant bien que mal à améliorer leur relation avec leurs supporters. C’est le cas du PSG, avec le retour des Ultras depuis le début de la saison 2017/2018. 7 ans après l’instauration du plan Leproux pour pacifier les tribunes du Parc des Princes. Cyril, membre actuel du Collectif Ultras Paris, et ancien membre de Auteuil et de la tribune G a suivi depuis les années 90 l’évolution des relations entre le PSG et ses supporters. Et il en est plutôt satisfait sur un point : « Mon groupe a des leaders qui gèrent les liens avec la direction du PSG et font en sortes au quotidien qu’ils soit toujours bons afin de ne faire qu’un entre les supporters et le club. Les relations ne sont pas conflictuelles entre les groupes et le club »

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Les points de tensions entre les clubs et les supporters restent présents

Si dans certains clubs, les relations s’apaisent avec les supporters, il reste des points de discorde. Engins pyrotechniques, dégradations de stades, bagarre entre supporters ou avec les forces de l’ordre, naming de stage, identité du maillot et Cyril du Collectif Ultras Paris estime qu’il doit avoir son mot à dire dans certaines activités du club : « le club devrait écouter ce que ces ultras ont à dire lorsque cela ne va pas. A Paris là où nous nous souhaitions être écouter c’est sûr le choix du maillot domicile. Le vrai maillot du PSG c’est le maillot Hechter BB-R-BB, si le club pouvait enfin revenir aux vraies valeurs, celles avec lesquelles ont reconnaît le maillot du PSG sans regarder le logo… Après sur le sportif on aimerait que l’institution soit plus respectée et que le club soit mis plus en avant que ces stars ! ». De plus, il insiste sur le rôle primordial des ultras dans la vie d’un club : « Leur rôle ? Être le poumon du club… On est là pour tout donner pour le club, notre voix, notre santé, certains se ruinent, se mettent leurs familles à dos pour suivre le club à travers la France et l’Europe ! L’ultra n’est pas un gars violent, à ne pas confondre avec hooligan, car l’amalgame est vite retranscrit. L’ultra est tout simplement un amoureux du club prêt à tout pour ses couleurs… »

Xavier lui, confit que les supporters du club de l’Olympique Lyonnais, ont réclamé de donner leur avis dans le naming du nouveau stade de Lyon livré en 2016, le Groupama Stadium : « Le passage de Gerland au Groupama Stadium a été l’objet de discussions intenses. On voulait expliquer qu’il permettait d’avoir plus de monde au stade, plus de personnes différentes, mais chacun devait trouver sa place. Les deux groupes d’Ultra, Le Kop virage nord et Lyon 1950 ont naturellement trouvé leur place et ont profité du changement de stade pour s’agrandir. Les autres groupes, il a fallu discuter avec eux pour leur trouver le meilleur emplacement au stade. Au sujet du naming, le club a toujours été transparent et dit que ça faisait partie du business model. Je crois que les groupes de supporters sont satisfaits que ce soit Groupama qui ait obtenu le naming. ». 

La Ligue de Football professionnelle et les supporters : le bras de fer continue
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Et si les réelles tensions étaient entre les groupes de supporters et les instances publics, et notamment la Ligue de Football professionnelle ? En effet, depuis plusieurs années, les rapports sont houleux entre les deux parties. Les points de discorde sont nombreux : interdictions de déplacement, huit clos partiels ou total jugés abusifs, répressions et sanctions fréquentes…

Cyril est très remonté contre les instances du football français et le fait savoir : « C’est surtout la Ligue de football professionnel qui est en conflit avec les groupes de supporters de la France entière ! Ils ne nous respectent pas, nous prennent pour des animaux, veulent nous éradiquer des stades. Leur objectif est de faire du foot un sport business alors qu’il est avant tout un sport de la classe populaire. Pour cela, ils n’hésitent pas chaque semaine à nous allumer de huis clos, d’arrêtés préfectoraux, d’interdiction de déplacement, de restriction du nombre de places à l’extérieur, d’interdiction de ramener des tambours et mégaphone. On doit être considéré en tant qu’humain, car dans nos rangs nous ne sommes ni des animaux ni des objets. Mais aux yeux des autorités françaises et de la Ligue, lorsque nous nous revendiquons « Ultra » nous sommes répertoriés comme des singes dangereux et non civilisés. Donc qu’on respecte nos libertés, que ce soit d’expression, de déplacement ».