Sophie Mousset, écrivaine et photographe, signe un livre choc : « Femmes en guerre : à la rencontre des Yézidies du Sinjar ». Elle y raconte le destin tragique de femmes issues d’une minorité, qui ont pris les armes aux côtés des forces kurdes du PKK. Nous l’avons rencontrée pour mieux comprendre la place de ces femmes, et des femmes en général, dans la lutte contre Daech.

Région du Sinjar au nord-ouest de l’Irak.
Les Yézidis ont été une des cibles de Daech dans sa croisade contre le pluralisme ethno-religieux. On parle de génocide. Comment tout cela a commencé ?

« Ce qui s’est passé au début, on n’en parle jamais dans les médias. Bien avant le conflit, en 1996, une jeune fille Yézidie est tombée amoureuse d’un musulman. Quand sa famille s’en est rendue compte, l’oncle et le grand frère de la fille l’ont lapidée. La coutume veut que l’on se mari uniquement avec des Yézidis et uniquement dans sa caste (il existe 3 castes). La famille du jeune homme, considérant qu’elle était devenue musulmane (on ne sait pas si elle s’est réellement convertie) ont voulu se venger. Ils ont arrêté un bus qui emmenait les gens du Sinjar (région de l’est de l’Irak, frontalière de la Syrie) travailler dans la ville la plus proche, ils ont fait descendre tous les Musulmans. Ils ont amené les Yézidis qui restaient plus loin et les ont assassinés. D’autres pogroms ont suivit. C’était les prémices de la stigmatisation et du massacre des Yézidis par les musulmans au Sinjar. Avant ça, les deux confessions vivaient en bonne intelligence et fréquentaient les mêmes écoles.

Plus tard, les Yézidis ont vu de nombreux musulmans partir en Syrie à quelques kilomètres de là. Quand ils sont revenus quelques jours plus tard, ils étaient habillés en noir. C’était des combattants de Daech. Ils ont fait des signes sur les portes des maisons Yézidis. Le massacre a commencé. C’est l’histoire d’Hélène de Troie. C’est ce qui a mis le feu au poudre. »

Image rare d’une d’une Yézidie armée. Crédit : Adam Rifkin
Comment ces femmes Yézidies en sont arrivées à combattre?

« Quand les soldats de Daech sont arrivés au Sinjar, ils ont tué tous les hommes ainsi que les femmes de plus de 40 ans. Les femmes de moins de 40 ans et les enfants, ont été raptés. Les femmes pour en faire des esclaves sexuels et les garçons, pour les transformer en combattants du Djihad. Celles qui ont pu s’en sortir, sont celles qui se sont cachées dans les montagnes. Daech ayant coupé toutes les routes, ceux qui ont cherché à fuir se sont fait attraper. Elles ont vu tout ce qui s’est passé, la fuite des Kurdes d’Irak censés les protéger. La première combattante Kurde engagée dans les forces du PKK, m’a raconté avoir vu arriver à ce moment les forces Kurdes du Rojava, donc ceux du PKK.  Elle a vu des femmes sur des énormes pick-up, avec des grosses mitrailleuses, qui tiraient, qui tuaient un tas de gens de Daech. Elle était estomaquée de voir une femme faire ça. Elle a tout de suite su qu’elle voulait faire de même. Elle s’est engagée au sein du PKK avec son frère. »

Quelle est la place des femmes, dans les différents groupes armés qui ont combattu Daech ?

« Les combattants Kurdes d’Irak sont appelés les Peshmergas « ceux qui regardent la mort en face » et les combattants Kurdes du Rojava, on les appelle les guérillas. Ils se sont beaucoup inspirés des guérilléros d’amérique Latine. Les femmes Peshmergas d’Irak ne combattent pas. Elles enlèvent les blessés, font de l’administratif. Quand on les voit, elles ont les ongles peints, elles sont maquillées, elles sont très représentatives. C’est aussi pour faire jolie sur les films et les photos pour la propagande. Alors que les femmes Kurdes du PYD au Rojava ou au Sinjar, ce sont des vrai combattantes, qui officient d’égal à égal avec les hommes. »

Une combattante des YPJ.
La fin de la lutte contre Daech est annoncée, les Kurdes, épaulés par la coalition internationale ont vaincu le gros de leurs troupes. Que vont devenir ces femmes Yézidies ensuite ?

« Pour celles qui ont été enlevées par Daech, quand les familles Yézidies les récupèrent, ils les tuent la plupart du temps. Ayant été violées à de multiples reprises, elles sont considérées comme impures. Quand on rentre au PKK on en ressort que les pieds devant, c’est comme ça. Celles qui se sont engagées à leur côté resteront des combattantes jusqu’au bout. Le PKK a créé une unité avec uniquement des Yézidies, ce qui est assez troublant car le PKK ne reconnait normalement pas les religions. C’est un groupe athée. Mais c’est une formidable aubaine pour ces femmes qui ont eu l’occasion de défendre leur peuple. Elles ont participé à la sécurisation du Sinjar. »