Coup de tabac sur le marché de la cigarette ! Les buralistes français lanceront à la fin de l’année leur propre marque de tabac. Baptisée LCB (La Cigarette des Buralistes) celle-ci vise à permettre de lutter contre la contrebande. Un objectif qui laisse perplexes les Parisiens interrogés ce matin.

Le paradoxe des buralistes

La LCB est mal partie…

Accoudé à la table d’un tabac parisien, Marc, 30 ans de cigarette derrière lui, s’étonne de l’initiative des buralistes français de créer leur propre marque de cigarettes. Pour ce directeur de projet informatique, chaque fumeur est attaché à sa marque et ne sera pas prêt à en changer. Un constat que partage Anaïs, une collègue de travail, qui ajoute qu’elle ne comprend pas comment l’essor d’une nouvelle marque de cigarettes peut enrayer la contrebande « c’est paradoxale de vouloir enrayer la contrebande en créant une nouvelle marque, qui pourra être autant copiée que les autres » s’étonne la jeune femme, lunette de soleil vissée sur le nez.

Un argument que n’entend pas Robert le buraliste de ce petit tabac des Gobelins, qui entrevoit avec cette nouvelle marque une porte de sortie pour les buralistes « on est les vaches à lait de l’état depuis 30 ans, avec ce projet on prend notre destin en main. Et puis à notre manière ca nous permet de nous faire entendre, car il faut bien expliquer aux gens que notre métier est à l’agonie. Avec ce type d’idée, on peut se faire entendre dans le débat. Après la réalité c’est qu’on a pas beaucoup d’informations sur le sujet, même nous les professionnels on connaît pour le moment juste le nom et le futur prix. Mais on devrait en savoir plus ces prochaines semaines » précise ce commerçant, membre de la confédération des buralistes.

L’Europe fait un tabac !

Autre son de cloche du côté de Thierry, propriétaire du Tabaclub, une boutique de l’avenue d’Italie. Cheveux grisonnants et chaîne en or autour du coup, le buraliste installé depuis 27 ans dans le 13e arrondissement de Paris ne croit pas en la nouvelle marque de cigarettes « c’est un pur coup de « com » du syndicat. Cette histoire c’est juste pour faire parler des buralistes, mais cela n’aura pas d’incidence sur la contrebande de cigarettes. Avec ou sans cette nouvelle marque les gens continueront de commander leurs clopes sur internet ou d’aller acheter des cartouches lorsqu’ils sont à la frontière. La réalité c’est que l’état ne veut pas vraiment lutter contre cette contrebande. L’état français est schizophrène, parce que nous on est des agents de l’état mais il favorise les associations anti-tabac. C’est à ne rien y comprendre » s’étonne ce père de famille qui tient son commerce avec son fils.

En effet, les autorités ont du travail puisque selon une étude réalisée par KPMG, un peu plus d’une cigarette sur quatre fumée en France en 2015 n’était pas achetée dans un bureau de tabac français. Une tendance confirmée par Sébastien. Ce père de famille de quatre enfants profite du fait que son frère vit en Alsace pour acheter ses cigarettes outre-Rhin « personnellement ce débat ne m’intéresse pas. Je continuerai d’aller acheter mes cigarettes en Allemagne. Les augmentations de prix tous les 6 mois, moi j’ai arrêté tout cela il y a bien longtemps» proclame cet agent administratif le temps d’une pause cigarette au soleil.

Un argument appuyé par son collègue Farouk, adepte de cigarettes américaines. Ce franco-algérien de 37 ans se verrait bien essayer la nouvelle marque. Par curiosité. Mais il sait déjà qu’il n’abandonnera pas sa marque favorite « j’ai commencé à fumer ces cigarettes très jeune, alors si tu me proposes une LCB je la fumerai par curiosité, mais je sais d’avance que je ne lâcherai pas ma marque. Je soutiens les buralistes français mais je ne serai pas prêt non plus à rentrer dans leurs combines commerciales ».

Un constat laconique qui illustre parfaitement l’avis des fumeurs interrogés ce jour là. Car pour la plupart, la cigarette des buralistes risque d’être un sacré feu de paille !