Après 12 jours de grève, les visiteurs peuvent à nouveau franchir les portes du Centre Pompidou, le plus grand musée d‘art contemporain de Paris. Un conflit social qui aura entraîné une perte de plusieurs millions d’euros pour le musée et empêcher les visiteurs dans leur quête de culture contemporaine.

 Notre-Dame des tuyauteries

La réouverture du centre Pompidou ? Une bien mauvaise nouvelle pour Maud. En effet, cette pimpante étudiante en biologie vit avec ses parents à proximité du musée, dans l’un des quartiers les plus huppés de la capitale. Pourtant la jeune Parisienne, cheveux encore humides et portable dernier cri à la main, ne supporte plus de vivre au milieu des touristes et des groupes de visiteurs «  les gens souvent m’envient de vivre dans le Marais (un quartier du centre de Paris) mais ils ne connaissent pas tous les désagréments du quartier. Toute l’année, il y a du monde en bas de chez nous, alors quand cela ferme on n’est pas mécontents. Et puis entre nous, le lieu est quand même très laid. Je trouve que le quartier est sympa pour vivre mais d’un point de vue esthétique ce bâtiment est horrible, on dirait une usine, avec tous ces tuyaux ». La jeune femme aura donc bénéficié de 12 jours de bonheur durant la grève.

Un avis tranché que partage la majorité des habitants de la capitale, qui ont sacré le centre Pompidou, 3e monument le plus laid de Paris. Surnommé par certains « Notre- Dame des tuyauteries », ce monument a vu le jour en 1977 sous l’impulsion des architectes italiens Rogers et Piano. Un bâtiment, qui 40 ans après être sorti de terre ne fait toujours pas l’unanimité. Mais avec ses 3,3 millions de visiteurs en 2016 (+19 %) le lieu reste l’un des plus visités de la ville Lumière.

A l’image de Gérard et Annie, deux touristes helvètes à la retraite venus voir leur fils installé dans la proche banlieue parisienne.

A cette occasion, les deux ressortissants suisses sont partis en quête de tous les lieux réservés à l’art moderne et contemporain. Heureux d’avoir pu visiter la collection permanente du musée, le couple n’était pas au courant que durant 12 jours, le musée avait été fermé au public «  on a eu de la chance, on ne savait pas que les salariés du musée étaient en grève la semaine dernière, après on vient suffisamment à Paris pour ne pas être pénalisés si un monument est fermé » révèle Gérard, l’ancien assistant de direction.

Une opinion que partage son épouse, qui ne peut s’empêcher d’ajouter, sourire aux lèvres, que la France ne serait pas la France sans une bonne grève, j’avais peur que vous ayez perdu vos bonnes habitudes » confie-t-elle sourire aux lèvres. Un esprit de contestation envié semble-t-il jusque de l’autre côté des Alpes…

Ceci n’est pas un musée

Un mouvement social, dont les répercussions ont été importantes sur les finances du musée (Beaubourg accueillent chaque jour 18 000 visiteurs en moyenne). Mais pas que. Pour Jérémie et Clémentine, deux étudiants à la Sorbonne, habitués à venir travailler à la Bibliothèque Publique d’Information (BPI), la bibliothèque du musée, cette fermeture temporaire a eu des conséquences désastreuses «  ils nous bloquent à la pire des périodes, c’est bientôt les examens et il y a très peu de bibliothèques étudiantes à Paris » explique cette jeune rennaise d’origine, écharpe emmailloté autour du cou et lunette vissée sur le bout du nez.

Une pensée confirmée par son camarade Jérémie. En effet, le jeune homme au moment de présenter son sac aux gardiens du temple culturel, confie que la vraie plus value de ce lieu de travail collectif, c’est le dimanche.

En effet, ce jour là, la très grande majorité des bibliothèques parisiennes sont fermées au public. Alors quand la BPI reste porte close, les étudiants doivent s’organiser autrement pour réviser «  on pâtit de la situation et ce n’est pas pas normal. Moi je ne peux pas travailler chez moi, encore moins le dimanche avec toute ma famille présente à la maison. Du coup dimanche dernier, je suis allé dans un café pour travailler mais ce n’était vraiment pas la même chose. On a un peu été pris en otage, j’aurais aimé une espèce de service minimum à Beaubourg.» Surtout que l’étudiant, redoublant cette année, compte mettre les bouchées doubles pour valider sa 2e année de droit. Bonne nouvelle pour les deux juristes en herbe, la bibliothèque ne devrait plus fermer ses portes avant le début des examens de printemps.

D’art d’art

Sur la place Stravinsky, à deux pas de ce paquebot de la culture contemporaine, Tristan un élève à l’école d’architecture de Paris-Belleville, fume une cigarette, adossé à la fontaine mythique de Nicki de Saint Phalle.

Pour ce visiteur régulier du musée, la fermeture a constitué une surprise «  mercredi dernier j’ai voulu visiter l’exposition sur le photographe tchèque Joseph Koudelka, un artiste de génie je vous le conseille d’ailleurs, mais je me suis retrouvé face à des portes fermées. Heureusement je suis tombé sur un gardien qui m’a expliqué la situation ». Une grève que soutient désormais le jeune artiste qui considère que les 1200 salariés étaient légitimes « à protéger leurs emplois ». Plus précisément, les grévistes de Beaubourg demandent à pouvoir conserver leur statut de travailleurs contractuels, tandis que l’Etat souhaitait les intégrer à la fonction publique. Ce qui aurait eu des conséquences sur le plan salarial et en matière d’évolution de carrière. Mais pour le plus grand bonheur du futur architecte, les salariés du musée ont obtenu gain de cause et le Centre Pompidou a rouvert ses portes. Après, 12 jours en colère.