L’ONU a annoncé samedi la suspension pour une semaine de son aide humanitaire à Rann, au nord-est du Nigeria, après la mort de trois de ses collaborateurs dans une attaque de Boko Haram. Le groupe islamiste commet des attentats depuis plusieurs années au Sahel. Aujourd’hui, ce groupe affilié à l’Etat Islamique perd beaucoup de terrain.

Le mouvement est à l’origine de nombreux massacres, attentats et enlèvements à l’encontre de populations civiles de toute confession, au Nigeria mais aussi au Cameroun, au Niger et au Tchad. Il est responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et est classé comme organisation terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies depuis le 22 mai 2014.

Aujourd’hui,  le mouvement terroriste est à bout de souffle, il perdu de terrains face aux forces armées des pays du Sahel. Toutefois, le groupe djihadiste reste une menace permanente dans cette région.

Boko Haram perd du terrain au Sahel

Souvenez-vous, en avril 2014, 219 lycéennes, âgées de 12 à 17 ans ont été enlevées alors qu’elles passaient leurs examens à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, épicentre des violences du groupe djihadiste. Leur rapt a entraîné une vague d’émotion mondiale sur les réseaux sociaux sous le mouvement de « Bring Back Our Girls ».

Depuis l’enlèvement, 107 jeunes filles ont été retrouvées ou échangées après des négociations avec le gouvernement. Début janvier, plusieurs d’entre elles apparaissaient dans une vidéo diffusée par le groupe, où elles disaient qu’elles ne reviendraient plus et ne voulaient plus quitter le « califat ». Près de quatre ans plus tard, le mardi 13 février 2018, un des djihadistes de Boko Haram a été condamné à quinze ans de prison pour sa participation à l’enlèvement des lycéennes à Chibok, a communiqué le ministère de la justice nigérian.

Manifestation du mouvement Bring Back Our Girls en janvier 2017 à Abuja. Crédit: Afolabi Sotunde / Reuters

De manière générale, l’armée nigériane prend le dessus dans son rapport de force avec Boko Haram. Des centaines de membres présumés du groupe djihadiste ont commencé à comparaître, lundi 12 février devant un tribunal installé dans une base militaire à Kainji, au centre du Nigeria, pour déterminer s’ils seront condamnés, innocentés ou envoyés dans des centres de réhabilitation.

La menace terroriste reste permanente

Muhammadu Buhari, ne cesse de le répéter depuis son arrivée au pouvoir au Nigéria : Boko Haram est vaincu. Le 19 février, un grave évènement,  l’enlèvement de masse d’une centaine d’adolescentes, a révélé de graves failles sécuritaires, à un an de l’élection présidentielle. Des combattants présumés de Boko Haram, lourdement armés, sont arrivés par convoi dans la petite ville de Dapchi, dans le nord-est du pays, d’où ils ont enlevé 110 jeunes filles âgées de 11 à 18 ans dans un internat. Deux jours après l’attaque, 76 écolières, sur les 111 lycéennes portées disparues, ont été retrouvées par l’armée nigérianne. Cette nouvelle attaque a ravivé la menace d’un kidnapping de masse au Nigeria, comme celui des lycéennes de Chibok, en 2014.

Comment est né Boko Haram en Afrique?

Boko Haram est un mouvement insurrectionnel et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste, originaire du nord-est du Nigeria et ayant pour objectif d’instaurer un califat et d’appliquer la charia. Formé en 2002 à Maiduguri par le prédicateur Mohamed Yusuf, le groupe est à l’origine une secte qui prône un islam radical et rigoriste, hostile à toute influence occidentale. De 2010 à 2015, le nom officiel de Boko Haram est « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad ». Le 7 mars 2015, Boko Haram prête allégeance à l’État islamique. Le groupe abandonne son ancien nom et forme officiellement une province de l’EI : la Wilāyat al-Sūdān al-Gharbī. Il prend également le nom d’État islamique en Afrique de l’Ouest. En août 2016, le groupe se scinde en deux. Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram est écarté par l’État islamique et est remplacé par Abou Mosab al-Barnaoui. Opposé à cette décision, Shekau prend alors la tête d’une faction qui réadopte son ancien nom de « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad « .

Abubakar Shekau, chef de Boko Haram de 2010 à 2015. Crédit photo: L’express

Le nom de Boko Haram,sa dénomination abrégée en haoussa, peut être traduit par « l’éducation occidentale est un péché ». Le mot boko désigne un alphabet latin, créé par les autorités coloniales pour transcrire la langue orale haoussa, et désigne par extension l’école laïque. Le mot haram signifie « interdit » ou « illicite » en arabe et dans le monde musulman. Ce nom aurait été attribué par la population locale et les médias, marqués par le discours du chef de Boko Haram rejetant l’éducation « occidentale ».

Le contexte de fondation de Boko Haram

Cartographie de Boko Haram au Nigéria. Crédit: RFI

Surnommé le « Pakistan d’Afrique », le nord-est du Nigeria est parcouru par des dizaines de milliers de prédicateurs itinérants. Dans l’État de Yobe, l’un d’eux, Mohamed Yusuf, le fondateur de Boko Haram commence à se démarquer dans les années 2000 . Ses adeptes sont également surnommés les « talibans. Il s’oppose aux autres prédicateurs, majoritairement quiétistes, et à Izala, un mouvement salafiste et néohanbaliste.

Crédit: France 24
La composition des effectifs du mouvement

En juin 2016, la CIA estime à 7 000 le nombre des djihadistes de Boko Haram. Le mouvement recrute souvent de force, notamment en menant des raids contre des villages pour rafler des habitants. Certaines femmes sont utilisées comme kamikazes et les jeunes garçons sont enrôlés comme enfants-soldats. 83 enfants : 55 filles, 27 garçons et un bébé ont notamment été utilisés comme bombes humaines durant les huit premiers mois de l’année 2017.

Quels sont les financements de Boko Haram ?

Boko Haram est financé par des politiciens de Maiduguri, et notamment par Ali Modo Sheriff, gouverneur de l’État de Borno de 2003 à 2011, qui cherche en 2005 à obtenir l’aide électorale du groupe de Boko Haram. Après le début de l’insurrection armée, Boko Haram taxe les populations locales et gère divers trafics, comme de la contrebande de poissons séchés, revendus sur les marchés dans le nord du Nigeria. Les djihadistes razzient aussi le bétail des éleveurs. Localement, ils capturent régulièrement des otages qui sont libérés contre rançons. A partir de 2013 Boko Haram revendique ses premiers enlèvements d’Occidentaux. Au début des années 2010, il reçoit une aide financière d’AQMI (Al Qaida au Magrheb Islamique). La corruption de l’armée nigériane bénéficie également à Boko Haram. En effet, entre mai 2015 et avril 2016 une quinzaine d’officiers supérieurs et généraux sont poursuivis et condamnés pour avoir vendu de l’armement et des informations au groupe djihadiste.

Comment les pays s’organisent pour lutter contre Boko Haram ?
Muhammadu Buahri, le président du Nigéria. Crédit photo: France 24.

Cinq pays africains se sont associés en 2015 pour former une Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) contre les islamistes nigérians. Ce sont Le Bénin, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria. Cette force est composée de 8 700 militaires et policiers issus de leurs rangs. Le quartier général est installé dans la capitale tchadienne, N’Djamena. Les pays concernés ont appelé l’Union africaine à soutenir financièrement la force et interpellé le Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont enfin décidé de solliciter le soutien de leurs « partenaires stratégiques », notamment les États-Unis, l’Union européenne, la France et le Royaume-Uni. Le Nigeria prend la tête de cette coalition multinationale. Il a promis 100 millions de dollars (88 millions d’euros) pour le « décollage » de la force, a indiqué son président.

Le président nigérian Muhammadu Buhari s’engage résolument et activement. Il a décidé de transférer le quartier général de son armée d’Abuja à Maiduguri, la capitale de l’État de Borno où est né Boko Haram. « Pour se rapprocher davantage du front », avait-il déclaré en 2015.

Si Boko Haram est largement affaibli au Nigéria depuis l’arrivée du président Buhari au pouvoir, la situation sécuritaire dans le pays s’est généralement détériorée, dans un pays qui compte quelque 190 millions d’habitants. Les insurrections que mènent le groupe djihadiste depuis 2009 dans le nord-est du Nigeria a fait plus de 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés. Le Niger, le Cameroun et le Tchad subissent aussi des attaquent des terroristes et luttent sans relâche depuis près de 10 ans.

 

On est allé à la rencontre des étudiants du Campus, afin de tester leurs connaissances sur Boko Haram. Et certaines réponses valent le détour. Petit florilège:

William, étudiant à PSB :  » Boko Haram, j’en ai jamais entendu parlé que ce soit à la télé à la radio ou même à l’école, ça ne me dit rien, même de nom je ne connais pas. »

Pierre-Aurélien, étudiant à la Web School Factory : « Je pense que Boko Haram sévit au Sénégal, et dans les provinces pas loin du Sénégal, c’est un groupe qui se dit musulman et leur motivation est de tuer les chrétiens. »

Laura, étudiante à l’IICP : « Je connais Boko Haram, je sais que c’est un mouvement terroriste qui officie surtout en Afrique. Ils ont enlevé beaucoup de lycéennes, c’est leurs actions dont on parle le plus dans les médias, mais c’est tout ce que je sais d’eux. Je ne sais pas quels sont leurs origines et qu’est-ce qu’ils revendiquent exactement. »

Samuel, étudiant de première année à PSB : « Boko Haram, je ne suis pas sûr de savoir ce que c’est, ça sonne comme un pays (rires), je pense qu’il y a un débat dessus mais je ne connais pas du tout Boko Haram. »

Freddy, étudiant en quatrième année à PSB : « Boko Haram, c’est UN terroriste qui sévit en Afrique, du côté du Nigéria et il a commis quelques actes. En tout cas tout ce que je sais de lui c’est surtout par rapport aux enlèvements de mineurs, c’est ce qu’il y a eu dernièrement. »